
En 2002, les films réunis dans POLISSONS ET GALIPETTES par Michel Reilhac m’avaient frappée par leur vitalité et leur audace, caractéristiques d’une époque où la pornographie semblait follement épanouie car libre, décomplexée, voire assainissante, se jouant allègrement des clichés et d’elle-même, loin des codes d’une logique industrielle qui en font aujourd’hui un genre forcément répréhensible et partisan.
Cette liberté de ton, résolument moderne au début du siècle dernier, me fascinait d’autant plus que le XXIème siècle semble aller vers toujours plus de cloisonnement et d’idées reçues : la pornographie ne peut être que maladive, avilissante, laide, et même sexiste (quel que soit le sexe considéré) !
Alors le pari était de “contemporanéiser” POLISSONS ET GALIPETTES et de combattre les préjugés : le sexe sera gai, libre, mystérieux, sensuel, égalitaire, personnel et universel.
Pour entériner cette idée, il fallait des artistes talentueux et affranchis, à l’image du projet.
L’artiste multimédia Cécile Babiole, dont les recherches transversales et l’univers ludique nous ont immédiatement séduits, Michel et moi, a apporté au projet son énergie, son humour et sa vision jamais figée d’une sexualité intemporelle et en mouvement, accessible à tous : elle réussit ainsi à questionner nos systèmes de représentation en revisitant les images du projet originel avec appétit et subtilité.
Pour la musique, je connaissais Arnaud Frisch, producteur défricheur de talents (Birdy Nam Nam, Yuksek, Brodinski etc.) et son label de musique électronique Savoir Faire, passionné par les collaborations artistiques transversales. Pour remixer POLISSONS ET GALIPETTES, Michel et moi recherchions un style musical rythmé et entraînant, sans être pour autant trivial ou didactique. Il fallait que cette musique ait de l’épaisseur, une profondeur, une personnalité, à l’instar de la pluralité des facettes d’une sexualité épanouie et infinie ! En proposant le projet au duo d’artistes finlandais, Martti et Ville, formant le groupe Renaissance Man, Arnaud Frisch et Emmanuel Barron -directeur artistique de Savoir Faire- ne se sont pas trompés : passionné par les arts graphiques et l’architecture, le duo de Renaissance Man a immédiatement été conquis par le projet et s’est lancé, corps et âme, dans une composition originale pour 12 nouvelles vidéos déconstruites par Cécile Babiole, avec la complicité de Michel Reilhac.
De cette rencontre artistique qui réconcilie le féminin et le masculin, le chaud et le froid, la sensualité latine et l’énergie scandinave, on retiendra côté image les préliminaires malicieux, les caresses enivrantes, les coïts endiablés, les hallucinations extatiques, et côté son les chœurs d’opéra sous acide, les rythmiques hip hop orgasmiques, l’électro ambient mystique !
On passe au final, dans et par la musique, par tous les états d’un sexe libre et assumé, à consommer sans modération, chez soi, entre amants ou amis, confortablement lovés, ou au contraire en pleine action/émotion !
POLISSONS & GALIPETTES [DECONSTRUCTED] c’est au final 12 vidéos déconstruites par Cécile Babiole et mises en musique par Renaissance Man, à découvrir en salles, à savourer en DVD (avec différentes playlists en fonction des humeurs !) ou à expérimenter, en étant immergés, le temps d’une installation ou d’une performance qui ne s’oubliera pas de si tôt !
Bich-Quân Tran